Celles qui arrivent

Qui se souvient qu’avant Gauguin, Pont-Aven et les côtes finistériennes inspirèrent des artistes scandinaves venues poser leur chevalet dans la région ? Voyageuses, Parisiennes conquises par la région, réfugiées politiques, exilées… La Bretagne a accueilli de nombreuses créatrices qui ont ouvert ses horizons.

Certaines de ces Bretonnes d’adoption ont laissé des traces de leur passage. Des tableaux inspirés par les paysages côtiers. Des maisons où elles ont passé des étés, écrit des livres célèbres, reçu des personnalités. D’autres mériteraient de sortir de l’anonymat, comme ces femmes immigrées, minorité invisible dont les apports culturels sont trop systématiquement réduits à la cuisine.

1 – Les peintresses de Pont-Aven
2 – Yvonne Jean Haffen et sa maison de La Grande Vigne
3 – Doëlan, le havre d’écriture de Benoîte Groult
4 – Femmes et immigration en Bretagne
5 – Prendre le temps de la rencontre

Notices biographiques

Helene Schjerfbeck (1862, Helsinki – 1946, Saltsjöbaden) : peintre finlandaise peu connue en dehors de son pays. Dans sa jeunesse, elle voyage en Bretagne et son œuvre est influencée par les peintres de Pont-Aven, où elle séjourne à plusieurs reprises au début des années 1880. Son travail évolue ensuite vers un style scandinave, avant de trouver son expression principale dans l’autoportrait.

Maria Wiik (1853 – 1928, Helsinki) : peintre finlandaise, formée notamment à l’Académie Julian, à Paris. Dans les années 1880, elle voyage et peint en Angleterre et en France. Elle séjourne entre autres à Pont-Aven, avec sa compatriote Helene Schjerfbeck.

Helena Westermarck (1857 – 1938, Helsinki) : peintre et écrivaine suédo-finlandaise. Après des études artistiques à Helsinki, elle s’installe à Paris, où elle continue à se former. Comme son amie Helene Schjerfbeck, elle voyage en Bretagne au début des années 1880. Atteinte de tuberculose, elle se met à l’écriture et rédige des essais et des critiques d’art. Féministe, elle écrit aussi sur la condition et l’histoire des femmes.

Madeleine Bernard (1871, Lille – 1895, Le Caire) : sœur du peintre Emile Bernard, dont elle a influencé l’œuvre, elle côtoie Paul Gauguin et Charles Laval à Pont-Aven. Elle a 17 ans lorsqu’elle découvre cette cité des peintres. Son frère et elle se lient d’amitié avec Gauguin et Laval. Elle accepte d’ailleurs de signer l’une des toiles de Gauguin, d’un nouveau genre audacieux, pour faire taire la polémique qui l’entoure. En 1890, elle part pour l’Egypte avec Laval, son fiancé. Elle y meurt de la tuberculose en 1895.

  • Marie-Hélène Prouteau, Madeleine Bernard, la songeuse de l’invisible, éditions Hermann : biographie à paraître en 2021
  • Portrait de Madeleine Bernard, tableau de Paul Gauguin, 1888
  • Fête Gloanec, tableau de Paul Gauguin, 1888, signé Madeleine B

Yvonne Jean Haffen (1895, Paris – 1993, Léhon) : peintre, graveuse et céramiste, dont le nom est souvent éclipsé par celui de Mathurin Méheut, son formateur, collaborateur et ami. Passionnée de peinture dès l’enfance, elle suit des études artistiques à Paris et devient l’élève de Mathurin Méheut en 1925. Celui-ci lui fait découvrir la Bretagne, dont les paysages, les pardons, les travaux de terre et de mer l’inspirent immédiatement. Elle entame aussi une collaboration avec les faïenceries Henriot, qui durera 25 ans. Sa pratique artistique s’étend à la gravure sur bois, la linogravure, la lithographie; elle travaille par ailleurs à des décors de paquebots et répond même à une commande américaine avec Méheut. En 1937, son mari et elle achètent une maison à Dinan, sur les bords de la Rance, qui deviendra un refuge et un lieu de rencontres artistiques pendant la guerre. Après la mort de Méheut, Yvonne Jean Haffen dirige pendant 20 ans le musée qui lui est consacré. Sa maison à elle est également devenue un musée.

  • Musée Yvonne Jean Haffen, à Dinan
  • Une monographie : Yvonne Jean Haffen, Denise Delouche, Anne de Stoop, éditions Palantines, 2012

Benoîte Groult (1920, Paris – 2016, Hyères) : journaliste, écrivaine et militante féministe, connue pour son essai Ainsi soit-elle, son engagement pour la féminisation des noms de métiers et pour le droit de mourir dans la dignité. Née dans la bourgeoisie parisienne des Années folles, bonne élève, elle commence sa carrière par l’enseignement, avant de devenir journaliste. L’écriture et le féminisme arrivent plus tardivement dans sa vie. En 1975, elle écrit Ainsi soit-elle dans le calme de sa maison de Doëlan, dans le Finistère, un essai féministe qui connaît un succès international. Passionnée de pêche, sportive, hédoniste, Benoîte Groult a partagé sa vie entre Paris, la Bretagne et le Var. Elle a inspiré plusieurs documentaires et une bande dessinée lui est consacrée.

Sidonie-Gabrielle Colette, dite Colette (1873, Saint-Sauveur-en-Puisaye – 1954, Paris) : femme de lettres, parmi les romancières françaises les plus célèbres. En 1910, son amante Missy et elle achètent la villa Roz Ven, à Saint-Coulomb. Colette y passe tous ses étés jusqu’en 1924, s’entourant d’une communauté d’artistes. Le site lui inspire plusieurs romans, notamment Le Blé en Herbe.

Judith Gautier (1845, Paris – 1917, Saint-Énogat ) : femme de lettres française, la première à entrer à l’Académie Goncourt, passionnée par l’Asie et proche de l’avant-garde littéraire du 19è siècle. Fille de Théophile Gautier, elle a la chance de découvrir la langue et la civilisation chinoises et se met très jeune à l’écriture. A 22 ans, elle publie d’anciens poèmes chinois, puis rencontre le succès avec ses premiers romans, inspirés par l’Asie. Elle consacre aussi plusieurs livres à Richard Wagner, dont elle est proche. Judith Gautier passe tous ses étés dans sa maison bretonne, à Dinard, où elle reçoit de nombreux artistes et où elle meurt en 1917.

Alice Zeniter : romancière, dramaturge et metteuse en scène née à Clamart en 1986 et installée dans les Côtes d’Armor. C’est dans le calme de cette maison bretonne qu’elle a écrit L’Art de perdre, prix Goncourt des lycéens en 2017.

Lanyi Huang : peintre chinoise, arrivée en France en 2005 pour intégrer les Beaux-Arts de Lorient, après des études à Shenzhen.

Hélène Jacquelot et Elsa Corre : artistes douarnenistes, chanteuses, les deux femmes forment le “Duo du Bas” depuis 2012. Pour leur spectacle Casseroles, elles ont rencontré autour de chez elles 23 femmes venues d’ailleurs et leur ont demandé de leur confier une chanson et une recette.

  • Le spectacle Casseroles, sur le site internet du Duo du Bas