« Pas pour les femmes », vraiment?

Pensez “pirate” et fermez les yeux : vous visualisez probablement un colosse barbu et balafré… mais sûrement pas une femme ! Des terreurs des mers comme Jeanne de Belleville, dite “La Tigresse bretonne”, ou Anne-Dieu-le-Veut ont pourtant fait fi des superstitions et embarqué à bord de navires. Mais pourquoi avons-nous aujourd’hui encore tant de mal à imaginer des femmes dans certains domaines ?
En Bretagne comme ailleurs, il y a pourtant eu des femmes élues, des femmes médecins, des combattantes, des cheffes, des exploratrices. Y compris à des périodes où ces destins leur étaient interdits ! Ces pionnières au caractère bien trempé et à l’audace avérée se rappellent enfin à notre souvenir, grâce à l’écrivaine Nathalie de Broc et à son livre Ces femmes qui ont fait la Bretagne.
Dans cet épisode, nous nous écartons (un peu) des chemins du matrimoine culturel, pour vous présenter d’étonnants parcours de femmes.

1 – Joséphine Pencalet, une sardinière au conseil municipal
2 – Pionnières de la médecine
3 – Penser le matrimoine culinaire
4 – Femmes en armes
5 – “Si je n’étais pas portée par la mer…”

Notices biographiques

Joséphine Pencalet (1886 – 1972, Douarnenez) : sardinière, elle fait partie de la dizaine de femmes élues en France lors des élections municipales de 1925, alors que les femmes ne sont ni électrices, ni éligibles. Un an auparavant, elle a pris part à la grève des “Penn Sardin”, qui réclament une augmentation de salaire. Ce mouvement social victorieux lui vaut d’être inscrite sur la liste du maire communiste sortant. En mai 1925, elle devient la première femme bretonne élue dans un conseil municipale. Elle y siège pendant six mois, jusqu’à ce que le Conseil d’État invalide son élection.

  • “Joséphine Pencalet, une pionnière”, film documentaire réalisé par Anne Gouërou, 2015
  • “Des sardines et des femmes”, conférence de Fanny Bugnon, Université Rennes 2, 2019

Marie-Louise Chevrel (1901 – 1971, Rennes) : première femme interne des hôpitaux de Rennes et directrice de plusieurs laboratoires médicaux. Fille de la militante féministe et communiste Louise Bodin, elle devient médecin comme son père et fonde l’un des premiers laboratoires de biologie de ville. A 30 ans, elle devient médecin-chef de son service, puis médecin-chef du laboratoire des hôpitaux de Rennes. Elle succède à son mari à la chaire d’anatomopathologie de l’école de médecine de Rennes, où elle devient professeure. De 1952 à 1971, elle préside l’Association française des femmes médecins. Passionnée de musique, elle fonde l’orchestre universitaire de Rennes ainsi qu’une école de danse.

  • Biographie de Marie-Louise Chevrel sur le site du Conservatoire du patrimoine hospitalier de Rennes

Marie-Marguerite de La Motte-Picquet (1681, Rennes – 1757, Taden) : première femme ophtalmologue de France. Aux côtés de son mari, spécialisé en chirurgie, elle exerce la médecine à titre gratuit et sans diplôme, pratiquant avec succès des opérations des yeux. Installé à Taden, dans les Côtes d’Armor, le couple crée un fonds de pharmacie gratuite et transforme une partie de sa demeure en hôpital pour les indigent·es.

Angélique-Marguerite Le Boursier du Coudray (1712, Clermont-Ferrand – 1794, Bordeaux) : pionnière de l’art de l’obstétrique, elle enseigne les techniques d’accouchement dans les campagnes bretonnes. Pour appuyer son propos, elle met au point une “machine de démonstration” (un mannequin grandeur nature représentant la partie inférieure d’un corps féminin et une poupée de la taille d’un nouveau-né) et rédige un manuel à destination des sages-femmes et chirurgiens.

Mélanie Rouat (1878 – 1955, Riec-sur-Belon) : cuisinière et femme d’affaires. Au début des années 20, une troupe de la Comédie Française découvre son café-épicerie de village. Conquis par sa cuisine de terroir, les comédiens en font la promotion à Paris. Son commerce finistérien devient alors un restaurant apprécié du gratin parisien. Elle en ouvre un deuxième, puis un hôtel. Elle possède aussi une exploitation ostréicole.

  • “Un dîner presque parfait chez Mélanie Rouat”, article En Envor

Marie-Angélique Duchemin (1772, Dinan – 1859, Paris) : militaire, première femme décorée de la Légion d’honneur, des mains de Napoléon Ier. Fille, femme et soeur de militaire, elle s’engage dans l’armée après la mort de son mari et de son père. Au sein du 42è régiment d’infanterie de ligne, elle est promue caporal, puis sergent-major. Grièvement blessée au cours du siège de Calvi, en 1794, elle fait une demande pour entrer aux Invalides. Première femme à y accéder, elle y reste jusqu’à la fin de sa vie. 

Marin Collin (1776 – 1833, Rimou) : paysanne du pays de Fougères, active lors de combats contre les Chouans en 1796.

Anita Conti (1899, Ermont – 1997, Douarnenez) : première femme océanographe française, surnommée “La dame de la mer”. Elle embarque d’abord sur de nombreux navires en tant que journaliste spécialiste du monde de la pêche. Au plus près du quotidien des pêcheurs, elle observe, photographie et écrit. Puis, elle dresse des cartes des zones de pêche. Recrutée par l’Office scientifique et techniques des pêches maritimes, elle alerte sur la surexploitation des océans. Pionnière de l’écologie, elle améliore les méthodes de pêche, lutte contre le gaspillage à bord, oeuvre pour le développement de l’aquaculture. Ses ouvrages témoignent de sa passion pour le monde marin, tout comme ses milliers de photographies.

  • Anita Conti, Racleurs d’océans, 1953“Anita Conti (1899-1997), la dame de la mer”, émission France Culture
  • “Anita Conti (1899-1997), la dame de la mer”, émission France Culture
  • “Anita Conti, pionnière de l’océanographie”, vidéo France Culture