Sur les traces des grandes oubliées

Connues et reconnues à leur époque, puis totalement oubliées… Certaines créatrices font aujourd’hui l’objet de recherches et de belles découvertes. Mais comment remonter le fil de leurs histoires ? Où chercher ? Et que chercher, d’ailleurs ? 
Tout commence parfois avec un seul nom. Ou avec des cartons de photos, retrouvés dans une cave, un grenier. Des partitions inconnues ou un souvenir d’enfance. Nul besoin d’être historien·ne pour se lancer sur les traces d’une grande oubliée. Curiosité et enthousiasme sont le point commun des passionné·es que nous rencontrons dans cet épisode. Grâce à leur détermination, des œuvres de créatrices reprennent vie. Et si vous vous lanciez à votre tour ?

1 – Pour bien commencer ses recherches
2 – Tirer le fil d’un nom : Elisabeth Disdéri
3 – Les photos retrouvées de Madeleine de Sinéty
4 – La deuxième vie de Rita Strohl
5 – Toutes ces histoires à raconter

Notices biographiques

Elisabeth Disdéri (1817-1878, Paris) : photographe précurseure, parmi les rares de son époque à prendre des clichés en extérieur, qui représentent alors une grande complexité technique. Fille d’un industriel parisien, elle s’installe à Brest avec son mari en 1848, où le couple ouvre un atelier de photographie. Restée seule en Bretagne après le retour de son époux à Paris, elle continue à faire vivre le studio dans les années 1850-60 et se fait connaître en photographiant des lieux et des ruines dans les environs de Brest. Deux de ses photos de 1856 montrent par exemple le cimetière de Plougastel et les ruines de Saint-Mathieu.

Madeleine de Sinéty (1934, Chançay – 2011, Rangeley) : photographe franco-américaine, autrice de plus de 56 000 clichés artistiques et ethnologiques dans le petit village de Poilley. Née dans une famille aristocrate, elle se forme à l’Ecole des arts décoratifs de Paris et travaille comme illustratrice pour des journaux et magazines. En 1972, elle découvre par hasard Poilley, près de Fougères, et s’y installe aussitôt. Elle y apprend la photographie en autodidacte et documente la vie quotidienne des habitants pendant dix ans, avant de partir s’installer aux Etats-Unis.

Rita Strohl (1865, Lorient – 1941, La Gaude) : compositrice d’œuvres variées, allant de la musique de chambre aux grandes fresques lyriques et symphoniques. Née à Lorient dans une famille d’artistes (son père est violoncelliste, sa mère, peintre), Rita Strohl fait preuve d’un talent précoce. A 13 ans, elle entre au Conservatoire de Paris et écrit pour elle-même une méthode de solfège. Lors des examens de piano, elle joue ses propres compositions. Les premières diffusions publiques de sa musique ont lieu alors qu’elle n’a pas encore 20 ans. Ses œuvres, marquées par diverses influences mystiques, sont reconnues par les plus grands compositeurs de son époque. Elles n’ont malheureusement, pour la plupart, jamais été éditées ni enregistrées. Tombée dans l’oubli, la musique de Rita Strohl connaît un timide regain d’intérêt depuis quelques années.

Yvonne Pagniez (1896, Cauroir – 1981, Paris) : écrivaine, résistante et reporter de guerre. Née dans une famille bourgeoise du Nord de la France, elle s’engage dans l’aide aux réfugiés pendant la Première Guerre mondiale. Repérée pour sa maîtrise de l’allemand, elle est préparée à devenir agente de renseignement en terrain ennemi mais l’Armistice met fin à ce projet. Dans les années 20, elle découvre la Bretagne grâce à de réguliers séjours dans le Pays d’Iroise, qui lui inspirera deux romans : Ouessant (1935) et Pêcheurs de Goëmon (1939). Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle crée un réseau de résistance. Arrêtée en 1944, elle est déportée à Ravensbrück puis Torgau, dont elle s’évade. Après la Libération, elle sert comme correspondante de guerre en Indochine et en Algérie. Elle réalise aussi une série de reportages dans le Sahara, avant de se retirer en Bretagne.

Anne Catherine (1874, Guer – 1958, Redon) : photographe dont les milliers de clichés immortalisent la vie quotidienne et familiale à Redon et en Haute-Bretagne. Vers ses 20 ans, cette Morbihannaise “monte” à Paris où elle rencontre un instituteur passionné de photographie. Le jeune couple s’installe à Redon et ouvre un studio. Veuve en 1909, Anne Catherine fait vivre seule ce studio et déplace ponctuellement son matériel dans les villages alentour. A la fin des années 70, une grande partie de sa production est retrouvée par un collectionneur. Ces 14 000 plaques de verre sont un précieux témoignage de l’évolution de la société entre le début du 20è siècle et l’entre-deux-guerres.

  • Le Musée de Bretagne conserve les photographies d’Anne Catherine et lui a consacré un livre

Anne Corre, dite Naïg Rozmor (1923 – 2015, Saint-Pol-de-Léon) : poétesse et écrivaine de langue bretonne, récompensée de nombreux prix littéraires. Née dans une famille paysanne, elle commence à écrire très jeune et finit son premier “roman” à l’âge de 11 ans. Mariée à un marin, elle le suit pendant des années dans ses affectations. A son retour en Bretagne, elle suit des cours de breton et devient animatrice radio dans cette langue. Pour son émission, elle se met à écrire des contes. Son premier recueil de poésie est publié en 1977 : une partie de ces textes sont érotiques, une grande première dans la littérature de langue bretonne ! Elle écrit aussi des nouvelles et des pièces de théâtre.

Nelly Guillerm, dite Violette Verdy (1933, Pont-L’Abbé – 2016, Bloomington) : danseuse étoile et directrice de ballet. Née dans le Finistère et élevée par sa mère seule, elle suit une formation en danse classique à Paris. Elle débute aux ballets des Champs Elysée en 1945. Dans les années 50, elle devient soliste au London Ballet Festival et voyage régulièrement aux Etats-Unis. De 1958 à 1976, elle fait carrière au New York City Ballet, avant de devenir directrice de la danse à l’Opéra de Paris, puis de diriger le Boston Ballet. Jusqu’à la fin de sa vie, elle enseigne la danse dans le monde entier.